• English
  • Español
  • Français
  • Русский
  • Bokmål
  • Nederlands

Sexe tarifé et PIB, une équation impossible

Des économistes ont tenté de théoriser la prostitution. Un échec!

Par Pierre-Antonie Delhommais

 

La prostitution n'est pas seulement un sujet de société, elle est également un sujet économique. La preuve? En septembre 2006, le gouvernement grec, qui était déjà soupçonné à l'époque par Eurostat de truquer ses comptes publics, avait proposé à Bruxelles de réévaluer le PIB du pays de 25% en y intégrant les revenus produits par l'économie souterraine, et principalement, les revenus tirés de la prostitution (Eurostat avait tout de même tiqué et le PIB grec n'avait au final été revu à la hausse que de 9,6%). Le principal problème auquel se heurtent les économistes quand ils tentent de s'intéresser avec un peu de serieux à l'industrie des escorts, c'est qu'ils ne disposent pas de statiques fiables. Selon des sources officieuses, le tourisme sexuel représenterait 5% du PIB aux Pays-Bas et 14% en Thaïlande. Même dans un pays comme l'Allemagne, où la prostitution est légale, avec pour ceux qui l'excercent un statut reconnu de “ travailleur indépendant ou de salarié en établissement spécialisé”, donnant droit à une assurance chômage, les estimations du nombre d escorts et prostituées varient du simple au double: de 200.000 à 400.000. Même flou à l'échelle mondiale, avec un nombre de prostituées évalué entre 20 et 40 millions. Quant au chiffre d'affaires du “sexe tarifé”, il approcherait en Allemagne 15 milliards d'euros mais atteindrait 18 milliards d'euros en Espagne (3 milliards en France), des montants trop élevés si on les compare aux revenus mondiaux tirés de la prostitution qui s'estiment a “seulement” 100 milliards d'euros (et à comparer par exemple aux 212 milliards d'euros en 2012 pour l'industrie du luxe).

Le deuxième problème, c'est que l'approche économique de la prostitution est biaisée par des considérations idéologiques. Dans un rapport, la Fondation Scelles, dont l'objectif est de lutter contre l'exploitation sexuelle, fait ainsi “ du proxénète un capitaliste exemplaire” et voit dans “ la prostitution le pire aboutissement de la logique libérale”. C'est aussi l'avis du sociologue Richard Poulin, pour qui “ la mondialisation néolibérale est le facteur dominant aujourd'hui dans l'essor du sexe tarifé et de la traite des femmes et des enfants aux fins de prostitution. Cette industrie est à la confluence des relations marchandes capitalistes et de l'opression des femmes, deux phénomènes étroitement entremêlés”.

Dans une lecture marxiste, la sociologue Dimitra Zorgiannou voit même dans la prostitution un symbole de l'organisation actuelle du monde du travail, où “ la précarisation oblige le travailleur ou l escort à être “flexible” et à répondre à chaque fois aux exigences du patron ou du client. Les boîtes d'intérim, qui “louent” des travailleurs, le fait que les travailleurs soient consommables selon les besoins du marché nous rappellent les fonctions basiques du monde de l'escort et de la prostitution”.

Tout à l'autre bout du spectre idéologuique, on trouve au contraire des économistes pour qui le marché de la prostitution doit être étudié de façon amorale et objective, comme n'importe quel marché, en fonction des lois de la concurrence et de l'offre et de la demande qui le régissent. Steven Levitt et Stephen Dubner, auteurs des best-sellers “ Freakonomics” et “SuperFreakonomics”, comparent ainsi le proxénète à un agent immobilier dont le travail consiste à promouvoir le mieux possible le produit auprès de consommateurs potentiels. Ils observent aussi que l'industrie de la prostitution a durement souffert, au cours des dernières décennies, non pas des délocalisations, mais de l'évolution des moeurs et de la libération sexuelle des femmes. A Chicago, 20% des hommes nés entre 1933 et 1942 avaient leur première relation sexuelle avec une prostituée. Mais les hommes nés vingt ans plus tard n'étaient plus que 5% dans ce cas. “ Si la prostitution était une industrie comme une autre, expliquent Levitt et Dubner, les prostituées et escorts auraient pu louer les services de lobbyistes pour lutter contre la concurrence déloyale du sexe prémarital. Elles auraient poussé a criminaliser cette activité ou à la taxer lourdement.” Autre sujet d'étude, la modulation très fine du prix des passes en fonction de la demande ( prestations, origine sociale ou ethnique du client...). Toujours à Chicago, on enregistre chaque année un pic de consommation sexuelle lors de la féte de l'Indépendance du 4 juillet, ce qui incite les escorts à augmenter ce jour-la leurs tarifs de 30% et à allonger leurs horaires de travail. Pour tout dire, aucune de ces 2 visions économiques de la prostitution – antilibérale ou ultralibérale, pour résumer ne paraît convaincante et encore moins éclairante pour répondre à la question du meilleur statut juridique à lui accorder. Ni celle qui voit dans la prostitution la conséquence de la mondialisation néoibérale- le plus vieux métier du monde existait bien avant l'adhésion de la Chine à l'OMC. Ni celle qui tend au contraire à en faire une activité marchande comme une autre, une banalisation qui fait abstraction des contraintes et des violences subies par un grand nombre de prostituées et qui passe sous silence des millions de vies gâchées. Il est des sujets face auxquels les économistes sont définitivement impuissants.

Article publié sur Le Point en Décembre 2013: Sexe tarifé et PIB

 

Categorie: 
A la recherche de masseuses ou escorts dans ces villes?
Masseuse ou Escorte Norvège
Prostituées et masseuses en Belgique

ESCORTS BY ESCORTINTIME.COM, ESCORTES

En cette période de crise que nous avons souffert et continuons de souffrir, et la grande chute de revenus des finances publiques, qui a provoqué un débat sur la viabilité de notre système de retraite et de santé, le déficit de financement des régions et des villes a provoqué une pression fiscale asphyxiante. Voici donc que le débat sur la légalisation de la prostitution est réapparu en Europe.

Pour mieux illustrer la situation, nous verrons les chiffres que le secteur de la prostitution génère en Espagne. Le montant estimé est de 3,500 millions d'euros par an, ce qui représente 0,35% du PIB national. Pour vous donner une idée, cela suppose un volume similaire à celui de l'industrie de la chaussure en Espagne ou à la contribution de la ville de Malaga.

Pensez qu'en Espagne il y a environ 100 000 escortes, même si seulement 20% de ces escortes sont espagnoles. On estime que 39% des Espagnols ont payé pour avoir des rapports sexuels, avec une dépense annuelle moyenne de 1 530 euros. Autrement dit, si nous extrapolons ces chiffres à l'Europe, nous dépensons beaucoup plus pour le sexe tarifé que pour l'assurance auto, et encore plus que le panier d'achats des fruits et légumes. En outre, 66% des escortes pratiquent leurs activités dans des maisons clôses, face aux 33% restants, qui l'exercent dans la rue et, pour en finir avec cette batterie de chiffres, seulement 5% sont des escortes de luxe.

Maintenant, donc, la question se pose, devons-nous réglementer ce secteur? C'est un des gros secteurs d'activités en Europe et, il pourrait contribuer largement à l'augmentation souhaitée de la perception des impôts.

Pourquoi, au contraire est-il légal de vendre du tabac si cela génère des milliers de morts et de maladies par an, et si l'on dépense des millions d'euros avec des campagnes de prévention pour arrêter de fumer et que le tabac génère une énorme dépense en santé publique? La raison fiscale semble suffisante pour permettre sa légitimité de fumer.

Maintenant, repassons brièvement le modèle néerlandais, où la prostitution a été légalisée en 2000 et le gouvernement hollandais a déjà une expérience contrastée dans le domaine.

Aux Pays-Bas, le secteur génère plus de 2 500 millions euros par an, soit 0,4% du PIB, dépassant même le mythique secteur du fromage néerlandais. La légalisation de la prostitution s'est accompagné d'un resserrement des lois contre les abus sexuels et la protection des mineurs. La prostitution a été interdite dans les rues et ne peut se faire que dans des salles équipées à cet effet, et chaque escorte doit payer une assurance maladie privée, comme tout travailleur néerlandais. Et vu que le secteur est taxé, le système est contrôlé par un système de licences, avec une attribution finale correspondant aux municipalités. En même temps que cette légalisation, tout ce qui s'assimile à de l'exploitation sexuelle a ètè reconnu comme un délit grave et est passible de peines d'emprisonnement, et puis l'âge légal pour exercer la prostitution est passé de 18 à 21 ans.

Les clubs, les agences escortes, les peep shows, les clubs d'échangistes ou la prostitution dans des maisons privées sont autorisés et réglementés par un système de licences, et seules 13 villes hollandaises sont autorisées à présenter l'activité avec les célèbres vitrines telles que celles du quartier rouge d'Amsterdam.

Toute prostituée a droit au système de santé et même à participer à un programme de réinsertion sociale pour ceux qui veulent abandonner la prostitution.... les municipalités sont même tenues de garantir ces droits en tant que garantes qu'elles sont des licences correspondantes.

Avec toutes ces données et en comparant les deux modèles, vous pouvez voir la similitude des chiffres entre l'espagne et la Hollande. Dans un pays, les revenus contribuent comme un autre secteur à la vie en société et sont protégés par la loi, les filles ayant droit aux prestations sociales et aux retraites, alors qu'en Espagne et, surtout en France, les travailleuses de ce secteur sont laissées à l'abandon, à la merci des mafias et des proxénètes.

Donc, à vous de juger, après avoir réfléchi profondément, si la légalisation du secteur serait ou non plus pratique pour tous.